Être assez fort pour être doux : le leader vulnérable et le yang sans l’armure

4. croyances & valeurs | beliefs & values Sep 01, 2026

Photo : Gage Skidmore de Peoria, AZ, États-Unis, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Article par: Bruno Bouchard, Coach professionnel en développement du leadership, Coaching Carrefour


 

Et si notre plus grande force, comme hommes et comme leaders, était parfois d’avoir le courage d’enlever l’armure?

Petite parenthèse avant de commencer. Je parle ici des hommes et du leadership masculin simplement parce que cette réflexion part de ma propre expérience d’homme. La vulnérabilité, le courage et la douceur n’appartiennent évidemment à aucun genre. Alors mesdames, restez avec nous… cette conversation vous appartient aussi. 😉

Il y a quelques jours, je discutais avec mon ami Phil de la mort de Peter Cullen le 26 août 2026.

Pour certains, ce nom ne dira absolument rien.

Pour d’autres de ma génération, vous allez probablement entendre sa voix dans votre tête avant même que je termine cette phrase :

Optimus Prime.

Oui, LE chef des Autobots.

Le camion rouge et bleu capable de sauver la planète avant le souper et qui, contrairement à plusieurs gestionnaires que j’ai croisés dans ma carrière, n’avait même pas besoin d’un PowerPoint pour rallier ses troupes. 😉

Phil est un fan fini. Et pendant notre conversation (merci Phil!), il m’a transmis une phrase dont j'ignorais l'origine réelle et qui m’est restée prise dans la tête toute la semaine.

Une phrase que Larry Cullen avait dite à son frère Peter :

« Be strong enough to be gentle. »

Qu’on pourrait traduire simplement par :

« Sois assez fort pour être doux. »

Six petits mots.

Mais plus j’y pense, plus je trouve qu’ils en disent long sur ce que ça signifie d’être un homme en 2026… et peut-être encore davantage sur ce que ça signifie d’être un leader.

Une phrase transmise entre frères

Larry Cullen était le frère aîné de Peter, un Marine et vétéran du Vietnam.

En 1984, alors que Peter se préparait à auditionner pour le rôle d’Optimus Prime, il demanda conseil à son frère.

Larry lui expliqua essentiellement ceci : si tu veux jouer un héros, ne joue pas simplement au dur.

Joue un vrai héros.

Quelqu’un d’assez fort pour être doux, compatissant, compréhensif et vrai.

Peter s’en inspira pour créer la voix et, surtout, la personnalité d’Optimus Prime.

Quarante ans plus tard, cette petite phrase me semble étrangement actuelle.

Parce qu’elle m’amène à me poser une question :

Et si, comme hommes et comme leaders, nous avions parfois confondu être fort avec avoir l’air fort?

Être fort… ou porter une armure?

Pendant longtemps, on a appris aux hommes à protéger.

À avancer.

À ne pas pleurer.

À « chasser » leurs émotions.

Décider.

Trouver des solutions.

Tenir le coup.

Et je trouve qu’il y a quelque chose de profondément noble là-dedans… mais peut-être aussi un prix à payer.

Pensons simplement aux hommes qui ont vécu la guerre.

Je veux être prudent ici : je n’ai jamais vécu la guerre et je ne prétendrai certainement pas savoir ce que vit un soldat confronté à la violence, à la mort ou à la nécessité de protéger les autres.

Par contre, j’ai eu le privilège d’accompagner personnellement plusieurs vétérans dans leur retour et leur intégration sur le marché du travail. J’ai donc pu être témoin, à ma petite échelle, de ce que certaines expériences peuvent laisser derrière elles… et de la difficulté, parfois, à déposer une armure qui a pourtant été nécessaire.

Mais dans certaines situations extrêmes, mettre temporairement ses émotions de côté peut devenir une façon de continuer à avancer, de protéger ou simplement de survivre.

Quand ton cerveau doit choisir entre analyser ta tristesse et assurer ta survie, ce n’est probablement pas le meilleur moment pour sortir ton journal de gratitude.

Mais voilà la question qui m’intéresse :

Que fait-on de l’armure quand la bataille est terminée?

Et, à une tout autre échelle, combien d’entre nous continuons à porter une armure construite pour des batailles qui n’existent plus?

Au travail.

Avec nos employés.

Avec nos amis.

Avec notre blonde.

Avec nos enfants.

Et surtout… avec nous-mêmes.

On range la peur, le doute, la tristesse et la souffrance dans une belle boîte intérieure sur laquelle on écrit :

« À ouvrir plus tard. »

("Spoiler" alert : « plus tard » apparaît rarement dans Outlook.)

Et si la vulnérabilité faisait partie de la force?

C’est ici que les travaux de Brené Brown m’interpellent particulièrement.

Elle définit la vulnérabilité autour de trois éléments : l’incertitude, le risque et l’exposition émotionnelle.

Et elle insiste sur quelque chose d’important :

La vulnérabilité n’est pas une faiblesse.

Brown raconte notamment avoir demandé à un groupe de militaires de lui donner un exemple de courage qui n’impliquait ni incertitude, ni risque, ni exposition émotionnelle.

Ils n’en ont pas trouvé.

Parce qu’il devient difficile de parler de véritable courage sans parler de vulnérabilité.

Et pour un leader, ça change pas mal la conversation.

Un leader vulnérable n’est pas celui qui transforme chaque rencontre du lundi matin en thérapie de groupe.

C’est celui qui est suffisamment solide pour dire :

« Je ne sais pas. »

« Je me suis trompé. »

« J’ai besoin d’aide. »

« Ça me fait peur. »

Et peut-être l'une des questions les plus difficiles entre hommes :

« Comment vas-tu… pour vrai? »

Puis rester là assez longtemps pour entendre la réponse.

Le yang sans l’armure

C’est aussi ce qui m’intéresse lorsque je parle d’énergie yang.

Je ne parle pas de devenir « plus mâle ».

Encore moins de retourner à la caricature du mâle alpha qui doit dominer la pièce, gagner tous les débats et probablement cuire son steak directement sur une roche volcanique pour prouver quelque chose. 😂

Cette version-là du mâle alpha?

En 2026, je pense qu’on peut tranquillement la déposer dans une boîte à souvenirs.

À côté du fax.

Je parle plutôt d’une énergie masculine capable d’être dans l’action, la direction, le courage, la protection, la présence et le dépassement de soi, sans devoir sacrifier la douceur.

Une force qui n’a pas constamment besoin de prouver qu’elle est forte.

Être assez fort pour être doux.

Entre gars, on se dit-tu les vraies affaires?

J’adore être entre gars.

On peut rire.

Se challenger.

Parler business.

Régler les problèmes de la planète autour d’un café — parfois même avant 9 h.

Mais sommes-nous aussi bons pour parler de ce qui se passe en dedans?

Pas toujours.

Et c’est précisément ce qui m’intéresse aujourd’hui.

Pas créer un endroit où les hommes doivent être moins masculins.

Au contraire.

Créer un espace où nous pouvons expérimenter notre masculinité autrement.

Un endroit où il est possible de vivre l’aventure, se dépasser, rire, réfléchir, se challenger et parfois laisser tomber l’armure.

Sans jugement.

Sans compétition.

Sans avoir à impressionner personne.

Et si on expérimentait ça pour vrai?

Cette réflexion rejoint directement quelque chose qu’Hugo Bouchard-Beaulieu de Bushido Coaching et moi avons choisi de créer ensemble : des retraites entre gars.

Pourquoi des retraites?

Parce que parfois, pour enlever pleinement l’armure, ça aide de sortir du décor dans lequel on a appris à la porter.

Sortir du quotidien.

Changer de rythme.

Se retrouver dans la nature.

Vivre l’aventure, se dépasser, rire, réfléchir et surtout… se dire les vraies affaires.

Pas pour apprendre à devenir plus « mâles ».

Pas pour savoir qui fait le meilleur feu avec deux roches et une branche humide. 😁

Mais pour créer un espace suffisamment sécuritaire entre hommes pour expérimenter autrement cette énergie yang : l’action, le courage, la direction, la protection, la présence et le dépassement de soi… tout en se donnant la permission de déposer l’armure quand elle n’est plus nécessaire.

Et peut-être découvrir ce qu’il reste en dessous.

Si tu veux en savoir davantage sur les retraites qu’Hugo et moi organisons, tu trouveras les détails sur notre site.

Mais en écrivant cet article, je me suis aussi demandé ce que Peter Cullen aurait pensé de tout ça.

Si on avait pu, je pense qu’on lui aurait volontiers gardé une chaise.

Pas parce qu’il était Optimus Prime.

Mais parce qu’un homme qui a porté pendant plus de 40 ans cette idée d’une force capable de douceur aurait probablement eu des choses intéressantes à ajouter à une conversation entre gars sur le leadership, la force et la vulnérabilité.

Et c’est peut-être ça que je retiens finalement de ma conversation avec Phil.

Larry a transmis quelques mots à son frère.

Peter les a transportés avec lui pendant toute une carrière.

Phil me les a transmis à son tour.

Et maintenant, je vous les partage.

« Be strong enough to be gentle. »

Être assez fort pour être doux.

Peut-être que la force n’est pas de ne jamais avoir peur.

Peut-être qu’elle n’est pas non plus de toujours savoir quoi faire.

Et peut-être qu’un leader fort n’est pas celui qui réussit à garder son armure en toutes circonstances.

C’est parfois celui qui sait quand il peut enfin l’enlever.

Merci Phil, de m’avoir fait découvrir cette phrase.

Merci Peter, de l’avoir incarnée pendant toutes ces années.

Merci Larry, de nous avoir rappelé qu’un homme fort n’a pas nécessairement besoin d’être dur.

Et merci Hugo, avec qui je continuerai d’explorer tout ça… probablement quelque part entre une montagne, une bonne conversation et quelques aventures qu’on n’a pas encore imaginées. 😉

Pour aller plus loin

Si cette idée du yang sans l’armure t’interpelle et que tu veux découvrir les retraites entre hommes qu’Hugo et moi organisons, tu peux consulter les prochaines expériences sur notre site.

👉 Découvrir nos retraites

Parce que parfois, changer de décor permet aussi de voir autrement ce qu’on traîne avec nous depuis longtemps.

Et peut-être même de décider qu’une partie de l’armure peut rester là.

Alors je vous dis: « Autobots, transformez-vous et en avant ! »

 


Références

Hasbro — Remembering Peter Cullen. Sur l’influence de Larry Cullen, Marine et vétéran du Vietnam, sur l’interprétation d’Optimus Prime par Peter Cullen et l’origine de la phrase « Be strong enough to be gentle ».

Brené Brown — Dare to Lead et What Vulnerability Isn’t. Sur la vulnérabilité comme expérience d’incertitude, de risque et d’exposition émotionnelle, ainsi que son lien avec le courage et le leadership.